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Appel à contributions pour un dossier à paraître dans la revue Civilisations (2019)

Appel à contributions Civilisations, vol. 68 (2019)

Mobilités dans le Sud globalisé : Altérité, racialisation et fabrique des identités

Dossier coordonné par Julien Debonneville (Université de Genève, Suisse), Asuncion Fresnoza-Flot (Université Libre de Bruxelles, Belgique) et Gwenola Ricordeau (California State University, Chico, États-Unis)

La fabrique de l’altérité et des identités racialisées dans les mobilités transnationales a été essentiellement saisie sous l’angle des migrations Sud-Nord, ou entre « périphéries » et « centres », mais pas suffisamment dans le cadre des mobilités au sein du Sud globalisé. De nombreux travaux sur la racialisation ont été entrepris à différentes échelles (du local au global) et différentes périodes (Gilroy 1993 ; Balibar et Wallerstein 1998 ; Grosfoguel 2004), ce qui a permis de pointer la complexité de ces processus de racialisation (et d’ethnicisation) (Fanon 1952; Barth 1969; Amselle et M’Bokolo 1999; Wimmer 2013), mais aussi leur intersection avec d’autres processus de catégorisation et rapports de pouvoir liés au genre, à la classe sociale et à l’appartenance ethnico-nationale (Crenshaw 1991; Collins et al. 1992; Guillaumin 1992; Dorlin 2009; Falquet et al. 2010). Dans la veine des critical race studies (Essed et Goldberg 2001; Delgado et Stefancic 2017), ce dossier propose dès lors d’appréhender les multiples circulations transnationales des processus d’altérisation en situations postcoloniales en opérant un décentrement du regard à travers la catégorie « Sud globalisé ».

Par « Sud globalisé » nous faisons référence à un ensemble d’aires géopolitiques interconnectées entre elles par le biais d’histoires coloniales et/ou de transformations structurelles économiques et sociales. Si nous préférons cette catégorie à d’autres (comme « pays en développement » ou « pays des Suds »), c’est parce qu’elle pointe mieux les dynamiques et les reconfigurations qui structurent les rapports de domination à l’échelle mondiale. En l’adoptant, nous mettons ainsi l’accent sur les processus sociaux qui (re)produisent les rapports de pouvoir dans les sociétés contemporaines.

D’une façon générale, ce numéro spécial vise à rassembler des textes qui porteront sur la fabrique de l’altérité et des identités racialisées dans le contexte des mobilités au sein du Sud globalisé. Ce numéro est dès lors guidé par trois objectifs principaux : comprendre comment ces processus affectent la vie des migrantes, des migrants et de leurs familles, ainsi que leurs stratégies de résistance et d’agency (Mahmmod 2009 ; Spivak 1988) ; analyser les dynamiques de mobilité au regard des multiples formes d’altérisation ;et finalement, saisir comment, empiriquement, la racialisation opère au prisme des expériences et des pratiques de mobilité transnationale des actrices et acteurs dans les sociétés de destination et d’origine. Afin d’atteindre ces objectifs, ce numéro rassemblera des textes empiriques et théoriques de divers champs des sciences sociales (sociologie, anthropologie, science politique, géographie, gender studies, critical race studies, area studies, etc.).

Ces articles s’inscriront dans l’une ou plusieurs des perspectives suivantes :

1. Mobilités et racialisation dans le Sud globalisé : Comment les processus de racialisation circulent-ils et opèrent-ils dans le Sud globalisé ? Comment les migrants et migrantes interprètent-ils et négocient-ils les catégories raciales de leurs sociétés d’origine et de destination au cours de leur parcours migratoire ?

2. Intersectionnalité et processus d’altérisation en situation de mobilité : Comment penser ensemble la racialisation et les rapports de pouvoir (liés au genre, à la classe sociale, etc.) dans les mobilités au sein du Sud globalisé?

3. Réappropriation de l’altérité, « essentialisme stratégique » et agency : De quelles manières les migrants et migrantes développent-ils des pratiques de réappropriation et de (re)valorisation des catégories raciales afin de produire certaines formes d’agency ? Comment l’expérience de mobilité(s) peut-elle se traduire par des formes de (re)valorisation et de subversion des catégories raciales (sur des bases nationales ou ethniques) dans le Sud globalisé ? Saisie sous cet angle, l’étude des mobilités permet ainsi de pointer comment se construisent et circulent des formes d’altérisation et identités racialisées dans le Sud globalisé. Ce numéro s’inscrit dès lors dans les débats en sciences sociales sur la globalisation, les mobilités et la fabrique des identités racialisées.

Les propositions d’articles, en français ou en anglais (un titre et un résumé de 300 mots), sont à envoyer avant le 15 octobre 2018 au secrétariat de la revue (civilisations@ulb.ac.be), ainsi qu’aux coordinateurs du dossier : Julien Debonneville, Asuncion Fresnoza-Flot et Gwenola Ricordeau (à l’adresse Julien.Debonneville@unige.ch). Civilisations est une revue d’anthropologie à comité de lecture publiée par l’Institut de Sociologie de l’Université libre de Bruxelles. Diffusée sans discontinuité depuis 1951, la revue publie, en français et en anglais, des articles relevant des différents champs de l’anthropologie, sans exclusive régionale ou temporelle. Relancée depuis 2002 avec un nouveau comité éditorial et un nouveau sous-titre (Revue internationale d’anthropologie et de sciences humaines), la revue encourage désormais particulièrement la publication d’articles où les approches de l’anthropologie s’articulent à celles d’autres sciences sociales, révélant ainsi les processus de construction des sociétés.

Pour plus d’informations, voir https://journals.openedition.org/civilisations/

Références

Amselle, Jean-Loup et Elikia M’bokolo, 1999. Au cœur de l’ethnie: ethnies, tribalisme et état en Afrique. Paris : La Découverte.

Balibar, Étienne et Immanuel Wallerstein, 1998. Race, nation, classe. Les identités ambiguës. Paris : La Découverte.

Barth, Fredrik, 1969. Ethnic groups and boundaries: the social organization of culture difference. Bergen/Oslo et Londres : Universitetsforlaget, George Allen & Uwin.

Collins, Patricia Hill et Margaret L. Andersen, 1992. Race, class, & gender: an anthology. Belmont, Californie : Wadsworth.

Crenshaw, Kimberle, 1991. « Mapping the margins: intersectionality, identity politics, and violence against women of color », Stanford Law Review, 43(6), pp. 1241-1299.

Delgado, Richard et Jean Stefancic, 2017. Critical race theory: an introduction (troisième edition). New York : New York University Press. Dorlin, Elsa, 2009. Sexe, race, classe, pour une épistémologie de la domination. Paris : P.U.F.

Essed, Philomena et David, Goldberg (dir.), 2001. Race critical theories: text and context. New York : Blackwell Publishers.

Falquet, Jules, Helena Hirata, Danièle Kergoat, Brahim Labari, Fatou Sow, et Nicky Le Feuvre (dir), 2010. Le sexe de la mondialisation. Genre, classe, race et nouvelle division du travail. Paris : Presses de Sciences Po.

Fanon, Frantz, 1952. Peau noire, masques blancs. Paris : Seuil.

Gilroy, Paul, 1993. The Black Atlantic: modernity and double consciousness. London : Verso.

Grosfoguel, Ramón, 2004. « Race and ethnicity or racialized ethnicities. Identity within global coloniality », Ethnicitie, 4(3), pp. 315–306.

Guillaumin, Colette, 1992. Sexe, race et pratique du pouvoir. L’idée de nature. Paris : Côté-femmes.

Mahmood, Saba, 2009. Politique de la piété. Le féminisme à l’épreuve du renouveau islamique. Paris : La Découverte.

Poutignat, Philippe et Jocelyne Streiff-Fenart, 1995. Théories de l’ethnicité. Paris : P.U.F.

Spivak, Gayatri, 1988. « Can the Subaltern Speak? », in Cary Nelson et Lawrence Grossberg (dir.), Marxism and the Interpretation of Culture, pp.271-313. Chicago : University of Illinois Press.

Wimmer, Andreas, 2013. Ethnic boundary making. Institutions, power, networks. Oxford : Oxford University Press.

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