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Madeleine Sallustio

Statut : Doctorante

ULB - Institut de Sociologie
44 avenue Jeanne - CP 124 - 1050 Bruxelles
Bureau : S12.102
Tél. : +32 2 31 18 - Fax. : +32 2 650 43 37
Email : sallustiomadeleine@gmail.com

Titre de la thèse :

De la multiplicité des temporalités comme cadre d’analyse du renouveau de la paysannerie. Le cas des collectifs autogérés du Massif central.

Résumé :

A cheval sur six régions, le Massif central est connu pour avoir été très fortement marqué par l’exode rural lors de la révolution industrielle. Cependant, depuis la fin des années 1960, la région est le spectacle d’un mouvement migratoire à sens inverse. Une nouvelle population d’origine citadine s’est en effet installée dans ces places laissées vacantes dans l’idée d’opérer un « retour à la terre », de rompre avec la logique salariale et de réinventer des formes collectives de vie et de travail basées sur un fonctionnement autogestionnaire.

Mon travail consiste à interroger ce renouveau de la paysannerie par le prisme théorique de la multiplicité des temporalités. En sciences sociales, le rapport que les individus entretiennent au temps s’est très vite été imposée comme une source d’intelligibilité mobilisée par les auteurs classiques (Durkheim, Mauss, Lévi-Strauss, Evans-Pritchard, …). Ceux-ci se reposaient toutefois sur des postulats culturalistes et structuralistes qui ont donné lieu à de nombreuses conclusions hâtives venant à nier certaines facultés humaines universelles aux personnes qu’ils étudiaient. Au vu de l’organisation de celles-ci, les socio-anthropologues de l’époque remettaient ainsi en question leur capacité à distinguer le passé, du présent, du futur ; de se positionner dans une histoire globale ; ou de penser la linéarité et l’abstraction du temps en dehors d’un système de pensée cyclique et mythique.

Cette thèse prend le contre-pied de cette conception du temps social en statuant de la co-existence, de l’enchevêtrement, de la juxtaposition et de la mise en concurrence de diverses temporalités ; comme l’avaient proposé des auteurs tels que Halbwachs, Gurvitch, Grossin ainsi que d’autres auteurs plus contemporains tels que Gell, Bloch, Fabians, Bensa ou Mercure. En effet, qu’il soit question de rythmes de vie et travail (rapides, lents, occasionnels, cycliques), de références à un moment du temps (passé, présent, futur), d’échelles de temps (long, court) ou des modes d’organisation du temps, les rapports que les individus entretiennent à l’égard de ce dernier sont pluriels. Ils varient en fonction des interactions sociales, des contextes idéologiques, de leurs parcours de vie individuels, des activités en train de se faire, des contraintes auxquelles ils sont soumis, des évènements qui marquent la vie collective (réguliers ou extraordinaires) ou des outils et objets qu’ils mobilisent.

S’intéresser aux différentes temporalités qui surgissent au quotidien m’a permis de mettre en avant la diversité des situations sociales et des modes d’activité que vivent les habitants des collectifs néo-paysans autogérés. Mes recherches ont en effet démontré que ceux-ci évoluent dans une multiplicité de rapports au temps, lesquels sont induits par l’espace où ils vivent, les pratiques qui y sont associées et les utopies et discours qu’ils mobilisent. A chaque activité (l’élevage, le façonnement du pain, le maraîchage, les transformations, mais aussi les demandes de subventions, la rédaction de projets ou les projections personnelles liées à la propriété), correspondrait ainsi un rapport au temps spécifique et l’ensemble de ces différentes temporalités constitue la dynamique du phénomène néo-rural et façonne son imaginaire.

J’ai divisé ces différentes temporalités selon deux types. D’un côté, j’ai focalisé mon attention sur les rapports que les individus entretiennent à des moments du temps (passé, présent et futur), ce qui m’a permis de mettre en avant comment la nostalgie et la réappropriation de savoirs et savoir-faire issus de la paysannerie traditionnelle s’orchestre en fonction d’un rejet du présent et d’une crainte à l’égard du futur ; comment co-habitent deux approches du futur (utopique et dystopique) de manière ambivalente ; et comment celles-ci conduisent toute deux à un présentisme cynique, épicurien et passionnel, permettant aux individus de garder une cohérence sociale et politique dans leurs projet de vie. De l’autre, j’ai analysé minutieusement comment s’organisait le travail au sein de ces groupes et comment entraient en concurrence les temporalités cycliques propres au travail agricole ; les aspirations à un travail libéré et à une décélération des rythmes de vie qui animent le projet de retour à la terre et de vie en collectif (Gorz, Postone, Illich, Rosa) ; les organisations temporelles intrinsèques à la vie collective autogérées ; et enfin les contraintes temporelles véhiculées par la professionnalisation et la commercialisation de leurs produits, notamment dans le rapport que les individus entretiennent à l’égard des institutions et organismes de financement.

Cette approche apporte un éclairage empirique nécessaire aux travaux théoriques prônant l’existence des temporalités multiples et porte un regard nouveau et nuancé sur le phénomène néo-paysan, embrassant par ailleurs le principe selon lequel les sociétés humaines s’accomplissent de façon dynamique, dont les objectifs sont sans cesse négociés, divers et pluriels.

Mots-clés :

Temporalités – Néo-ruralisme – Sociologie rurale – Nostalgie – Utopie – Dystopie – Agriculture biologique – Autogestion – Autonomie – Développement durable – Anarchisme – Ecologie – Communauté – Droit à la paresse – Critique du salariat

Liste des publications

Chapitres d’ouvrages

« Concrete Utopias. The heterochronic temporality among the back-to-Nature movement in France » in Maskens Maïté and Ruy Blanes (dir.), Utopian Encounters : anthropologies of empirical utopias, Relahine Centre for Utopian Studies, Peter Lang, Limerick, (A paraître).

Articles

« De la nostalgie comme vecteur d’utopie : le cas du retour à l’activité rurale dans le Massif Central », Conserverie mémorielle, 2018.

Compte-rendus de lecture

2015 : « Daniel Drache, Publics rebelles, Le pouvoir sans précédent du citoyen du monde », Lecture, Les comptes rendus En ligne.

2014 : « Alexandre Dafflon, Il faut bien que jeunesse se fasse ! Ethnographie d’une société de jeunesse campagnarde », Lecture, Les comptes rendus En ligne.

Working Papers

« De la difficulté de l’union en situation d’hétérogénéité militante : le cas des critiques internes du mouvement des indignés », SMAG Working Papers Series, n°6, 2015.

Participation à des conférences

2018 : « Travail et temporalités. Les collectifs néo-paysans à la recherche de l’écologie temporelle », Séminaire d’Anthropologie à Bruxelles – Brussels Anthropology (ABBA), ULB, Bruxelles, Belgique.

« Les collectifs auto-gérés néo-paysans du Massif central, approche par la multiplicité des temporalités », Colloque Com nu ties, 25-28 janvier 2018, ISELP, Bruxelles, Belgique.

2017 : « Entre les murs la plage : une triple expérience narrative. De la réalisation documentaire. », Séminaire d’Anthropologie à Bruxelles – Brussels Anthropology (ABBA), ULB, Bruxelles, Belgique.

Co-organisatrice de l’école de printemps « École Arts et Sciences Sociales #2 », 3-5 avril 2017, ULB

Co-organisatrice de la Journée d’étude « Arts et Sciences Sociales. Inventaire des hybridations en cours », 30 juin 2017, ULB

2015 : « Des communautés néo-rurales comme hétérotopies. Etude de la mobilisation de la nostalgie par les ‘immigrés de l’utopie’ », Espace et moment autres : concepts, terrains et usages, 18-20 juin 2015, Sophiapol, Université Paris Ouest, Paris, France.

« Return Utopias : the nostalgic appeal of a traditional rural world as a theoretical tool for the back-to-Nature movement in France », International Society for Ethnology and Folklore (SIEF), 21-25 juin 2015, Zagreb, Croatie.

Co-organisatrice de l’école d’automne « École Arts et Sciences Sociales #1 », 16-18 novembre 2015, ULB

Co-organisatrice de la journée d’étude « Journée Arts et Sciences Sociales », 10 juin 2015, ULB

Autre :

Co-présidence de l’association Atelier d’Hybridations Anthropologiques (AHA)


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